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Accueil du site // Frères dominicains // Figures // Le P. Marie-Étienne Vayssière, dominicain, Gardien fidèle de la Grotte (1900-1932)

Ceux qui s’approchaient de sainte Bernadette Soubirous voulaient voir les yeux qui avaient vu la Sainte Vierge. Ceux qui ont fréquenté le Père Vayssière ont eu la conviction que ce religieux voyait l’invisible, à l’exemple de son saint patron, le proto-diacre Étienne (Ac 7, 57) : limpidité, clarté, transparence, mais au prix de quels dépouillements ! Tôt privé de sa mère (orphelin avant 5 ans), puis de son père, Toussaint Vayssière n’en a pas moins manifesté un tempérament bien trempé, encore que craintif. Mais le dépouillement, il l’a vécu au cœur même de sa vocation religieuse.

Entré chez les Frères Prêcheurs le 22 juil¬let 1887 à 22 ans, il rêve de devenir un prédicateur de l’Évangile. Il s’y distingue par ses dons intellectuels. Avec le P. Pègues, il était considéré comme l’un des frères de sa génération les plus prometteurs pour l’étude de la théologie. Hélas, son élan fut brisé à tout jamais : asthénie cérébrale, fatigue, épuisement l’empêchent de poursuivre le moindre effort intellectuel. Même le pratique des observances régulières de l’Ordre demeurera hors de sa portée.

Profès solennel et prêtre en 1891, il passe ses six premières années de « ministère » au couvent de Biarritz nouvellement fondé. Il ne pouvait ni prêcher ni confesser ni assurer un quelconque travail. C’est alors qu’il est envoyé à la Sainte-Baume pour un remplacement. Il y arrive le 29 avril 1900. Il y restera 32 ans ! Solitude et dépouillement lui sont échus en partage. Seul l’attend là-haut le frère Henri Paul, frère convers au cœur généreux, mais sans grande conversation. Là encore, comme si le dépouillement n’est pas complet, la Loi de 1901 sur les Associations et les Congrégations conduit à l’expulsion des Dominicains hors de France en 1903, et ce jusque après la guerre de 14-18. Les couvents sont vidés, et l’Hôtellerie nationalisée puis vendue. Le P. Vayssière reste à la grotte, avec fr. Henri, officiellement comme vicaire du curé de Nans, mais forcé d’abandonner l’habit religieux et même son nom de religion, se faisant appelé désormais M. l’abbé Toussaint Vayssière.

Ce qui constitue la ligne maîtresse de la spiritualité du P. Vayssière est le consentement à la volonté de Dieu. Ce qui était jusqu’alors subi, ou même supporté avec patience et courage, désormais il le choisit. « La volonté de Dieu, c’est Dieu », aimait-il répéter : il faut donc l’aimer de tout son cœur et de toute son âme. À l’école de sainte Marie-Madeleine, le Père Vayssière choisit le dépouillement total dans la recherche de l’unique nécessaire : se tenir amoureusement aux pieds du Seigneur. Pour lui, l’adhésion à la volonté de Dieu à l’imitation de Jésus s’épanouira dans une dévotion mariale très sûre et très profonde, sans fioritures ni sensibleries, toute centrée sur l’essentiel de la foi. Marie est la mère de Jésus, elle est aussi notre mère : elle nous enfante à la vie filiale, à la vie de la grâce.

Malgré sa santé déficiente, mais solidement ancré en Dieu, le Père Vayssière accomplira de grandes œuvres, dont nous sommes encore les bénéficiaires aujourd’hui. En plus de son rayonnement spirituel comme confesseur et conseiller, il mènera à terme plusieurs projets : réfection des escaliers de la grotte en 1913, aménagement d’une citerne et du Calvaire en 1914, établissement d’une petite maison au Plan d’Aups, appelée Bethléem, pour y accueillir des retraitants, bientôt remplacée en 1928 par Nazareth, en face de l’Hôtellerie. En 1924, il persuade Pierre Pedone, propriétaire de l’Hôtellerie, de créer une société anonyme dont les associations, représentant la Province dominicaine de Toulouse, deviendront actionnaires, permettant ainsi à la Province de recouvrer son patrimoine. Sans en être l’auteur, il sera à l’origine de l’inspiration de plusieurs œuvres. Il reconnaîtra lui-même qu’il ne fut pas étranger à la fondation en 1908 du Pèlerinage du Rosaire à Lourdes. On lui doit aussi l’intuition initiale de la rénovation du laïcat dominicain sous l’égide de sainte Catherine de Sienne, mise en œuvre, un peu différemment, il est vrai, par le fr. Joseph-Marie Perrin († 2002).

Enfin, il faut mentionner l’œuvre dernière, toute de dévouement au service de ses frères : ses deux mandats de Prieur provincial, du 14 septembre 1932 jusqu’à sa mort à Marseille le 14 septembre 1940. Il aura un regard surnaturel sur les personnes et les circonstances, et il apportera une grande paix dans la Province après une période troublée. Sa tombe au cimetière des Dominicains à l’Hôtellerie de la Sainte Baume est souvent visitée. Ces quelques lignes qu’il écrit après une absence prolongée de la Sainte Baume pourraient servir d’épilogue : « Me voici revenu au pays de sainte Marie-Madeleine, et je vous trace ces lignes, le regard fixé sur sa chère Grotte qui est là devant moi, en face de ma petite cellule dans ce quartier des Pères que nous occupions autrefois. Il me semble que je reviens de l’exil, et que je me retrouve dans ma patrie, à ma vraie place. »

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