Accueil du site // Marie-Madeleine et la Sainte Baume // Marie-Madeleine // La tradition de Provence (par le P. M.-J. Perrin, II)
IIe partie du fascicule publié en 1967 par le P. Joseph-Marie Perrin, o.p. : La Sainte-Baume

Les origines du pèlerinage

Marie-Madeleine vint-elle à la Sainte-Baume ? Nul ne le sait. La persécution dispersa les disciples du Christ ; il n’est pas impossible que tel ou tel soit venu en Provence. Marie-Madeleine fut-elle de ceux-ci ? Chercha-t-elle une solitude pour adorer le Sauveur ?

Ces questions passionnaient les chrétiens du Moyen Âge et n’allèrent pas sans créer légendes et fantaisies.

Ce qui est certain, c’est que le christianisme commençait en Provence avant la fin du Ier siècle ; le sarco-phage gardé dans la crypte de Saint-Maximin est du IVe siècle, le siècle de la fin des persécutions ; il est vénéré comme étant celui de Marie-Madeleine. Les reliques des saints sont certes vénérables, mais c’est l’œuvre de Dieu en eux que nous devons rechercher et que nous admirons.

La Madeleine de l’Évangile reste vivante pour les chrétiens ; ce pèlerinage lui est dédié ; c’est elle que nous retrouverons ici.

Origines et développement médiéval

Les origines du pèlerinage de la Sainte-Baume sont obscures ; on pense que dès le Ve siècle des moines vinrent chercher la solitude dans la forêt et les grottes de la Sainte-Baume. Étaient-ils là attirés par une antique tradition ? Leur forme de vie créa-t-elle le caractère primitif de la Sainte Baume ? Nous ne saurions le dire.

En 1254, au retour de la septième Croisade, saint Louis, roi de France, entendant parler de la Sainte-Baume, tint à y venir lui-même avec ses chevaliers ; ce pèlerinage royal eut un très grand retentissement.

En 1279, Charles II de Provence ordonnait des fouilles à Saint-Maximin pour rechercher les reliques de sainte Marie-Madeleine qui, disait une tra-dition ancienne, y étaient cachées ; on trouva la crypte gallo-romaine comblée de terre, et là, les sarcophages. On proclama l’authenti-cité des reliques et cette nouvelle fut célébrée solennellement. On chercha alors à donner un plus grand essor à ce pèlerinage, mais malgré cet effort la Sainte-Baume ne devint jamais pèlerinage de foules.

Cependant, soit isolés, soit par petits groupes, les pèlerins ne cesseront pas de venir à la Sainte Baume ; ce lieu est une halte sur le chemin de Rome ou de Compostelle.

La période moderne

Lorsque, de la terrasse de la grotte, on se penche un peu, on remarque, à droite, une voûte, et au-dessus, dans le mur de soubassement, un demi plein-cintre ; c’était l’emplacement du couvent des Dominicains auquel attenaient quelques chambres et salles destinées aux pèlerins. Un incendie accidentel, en 1440, ravagea cet abri.

En 1793, un autre incendie, accom-pagné de pillages et de profanations par les révolutionnaires, redétruisit jusqu’à l’anéantissement ce qui avait été rebâti en ce lieu-saint de Provence ; on voit encore, dans la falaise, quelques trous calcinés, appuis des charpentes, ainsi que quelques tuiles cimentées, sans doute destinées à l’écoulement des eaux.

En 1850, les Dominicains reprennent la garde du sanctuaire. Le P. Lacordaire se dépense à la restauration de ces hauts-lieux ; il sert les traditions provençales et, en 1851, a lieu l’inauguration du pèlerinage dans l’état actuel des lieux.

Pour Lacordaire, le sens de cette entreprise n’était pas simplement la volonté de renouer avec le passé, ou même d’achever la restauration de l’Ordre dominicain en France par la reprise de ses missions avant la Révolution ; il cherchait avant tout à rendre témoignage à l’Évangile : « Quand le Fils de Dieu, écrivait-il dans son étude sur sainte Marie-Madeleine, vient pour sauver les hommes, nul d’eux ne s’étonne que l’Évangile fut un livre d’amour et l’amour le livre de salut. » Il voulait que ce lieu parle des amitiés les plus belles : « Ce fut là, dit-il, en ce monde, le sommet des affections humaines et divines », « Jésus-Christ a aimé les âmes, et il nous a transmis cet amour qui fut le fond même du christianisme... C’est l’amitié, telle que Dieu fait homme et mort pour ses amis, pouvait la concevoir. »

Des pèlerins, des témoins...

Les grands de la terre vinrent en pèlerinage à la Sainte-Baume ; mais le souvenir le plus vivant est celui des saints nombreux qui vinrent prier ici ; on a gardé le nom de quatorze d’entre eux qui furent canonisés. Inutile de les énumérer, mais comment ne pas évoquer - en pensant aux extrêmes humains - le plus pauvre d’entre eux qui s’était fait vagabond pour Dieu, saint Benoît-Joseph Labre, et celle qui vint ici avec sa cour, sainte Brigitte de Suède, comme saint Louis, au siècle précédent... Parmi les grands pèlerins de notre temps, comment ne pas évoquer les longues heures de prière de Charles de Foucauld ?

De nos jours, ce courant ne s’est pas ralenti : pèlerins anonymes ou groupés viennent à la Sainte-Baume ; on ne saurait les nommer tous. Peut-on passer sous silence le pèlerinage annuel de l’Association de soutien à la tradition des saints de Provence (Lundi de Pentecôte), celui de la fête de sainte Marie-Madeleine (22 juillet), la procession dans la forêt et la messe de minuit à la Grotte, le pèlerinage des « Compagnons » renouant avec la tradition de leurs aînés, celui de Pâques, et tant d’autres encore... C’est en union avec tous ces pèlerins qu’il faut entrer dans la grotte.

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